Par Karen Barthe – Infirmière clinicienne et Naturopathe (Spécialisée en Nutrition, Nutrithérapie et Phytothérapie, D.U. en Nutrition et maladies métaboliques)
« Je travaille en 3×8 (ou de nuit), je suis épuisé(e) en permanence, mon sommeil n’est pas réparateur et j’ai pris du poids sans avoir l’impression de manger plus. Mon corps ne sait plus où il en est. »
Ayant moi-même exercé pendant 10 ans comme infirmière hospitalière aux Urgences, au SAMU et en hémodialyse, je connais intimement cette réalité. Le travail en horaires atypiques (nuits, gardes, 2×8, 3×8) est une véritable épreuve pour l’organisme. Aujourd’hui, en tant qu’experte en prévention santé en entreprise (QVCT), je constate chaque jour les dégâts de ces rythmes décalés : fatigue chronique, troubles du sommeil, prise de poids, et apparition de troubles métaboliques (pré-diabète, cholestérol).
Mais rassurez-vous : si vous ne pouvez pas changer vos horaires de travail, vous pouvez en revanche donner à votre corps les bons repères grâce à une alliée puissante : la chrononutrition.
L’horloge interne et le grand chef d’orchestre
Pour comprendre, imaginez que votre corps est un grand orchestre symphonique. Le chef d’orchestre, situé dans votre cerveau, est réglé sur l’alternance jour/nuit (la lumière). Mais vos organes (le foie, le pancréas, l’intestin) sont les musiciens, et eux sont réglés par… l’heure à laquelle vous mangez !
Quand vous travaillez de nuit, vous demandez à votre corps d’être éveillé alors qu’il fait nuit (le chef d’orchestre demande le silence), et vous mangez alors que votre système digestif est programmé pour dormir (les musiciens jouent à contretemps). Ce décalage crée une « cacophonie métabolique ». Le pancréas, par exemple, sécrète très mal l’insuline la nuit. Si vous grignotez sucré à 3h du matin pour vous donner un coup de fouet, le sucre n’entre pas dans les cellules et se transforme directement en graisse abdominale.
3 règles d’or de la chrononutrition pour recadrer vos horloges
L’objectif de la chrononutrition n’est pas de faire un régime, mais de donner le bon aliment, au bon moment, pour envoyer les bons messages à votre cerveau et à votre métabolisme.
1. Le repas de « réveil » : le starter de la vigilance (Même à 15h !)
Quel que soit l’heure à laquelle vous vous levez pour commencer votre journée de travail, ce premier repas doit vous apporter de l’énergie physique et mentale.
- En pratique : Oubliez le pain-beurre-confiture classique. Misez sur un repas riche en protéines et en bonnes graisses. Les protéines (œufs, fromage, jambon, ou houmous/purée d’amandes) contiennent de la tyrosine, un acide aminé qui va stimuler la fabrication de dopamine, l’hormone de l’éveil et de la motivation.
2. La pause repas pendant la nuit : alléger le travail digestif
La nuit, votre tube digestif et votre pancréas tournent au ralenti. Un repas lourd vous plongera inévitablement dans une somnolence dangereuse vers 3h ou 4h du matin.
- En pratique : Faites un repas chaud mais très digeste. Privilégiez les protéines blanches (volaille, poisson) et les légumes cuits. Fuyez absolument les sucres rapides (barres chocolatées, sodas, viennoiseries) qui vont provoquer un pic d’insuline suivi d’une hypoglycémie réactionnelle, le fameux « coup de pompe » de la nuit.
3. La collation de « pré-coucher » : préparer l’endormissement
En rentrant chez vous le matin, vous avez besoin de dire à votre corps de fabriquer de la mélatonine (l’hormone du sommeil), malgré la lumière du jour naissante.
- En pratique : Avant de dormir, ne faites pas un repas complet. Prenez une petite collation contenant des glucides lents et du tryptophane (le précurseur de la mélatonine). Par exemple : une petite poignée de noix ou d’amandes, avec une compote sans sucre ajouté ou une banane, et une tisane apaisante (Camomille, Passiflore). Pensez également à porter des lunettes de soleil sur le trajet du retour pour tromper votre cerveau et bloquer la lumière bleue !
Un accompagnement global pour votre santé
La gestion du sommeil et de la fatigue liée aux horaires atypiques ne s’improvise pas. Elle nécessite une approche globale (nutrition, micronutrition, mais aussi gestion du stress et du système nerveux).
C’est d’ailleurs le cœur de l’offre QVCT « En Santé Ensemble » que j’ai co-fondée, où j’allie mon expertise clinique à des techniques de relaxation pour accompagner les salariés directement en entreprise.
Vous êtes travailleur posté et souhaitez retrouver un sommeil réparateur et un poids de forme ? Ou vous êtes une entreprise cherchant à protéger la santé de vos collaborateurs ? Contactez-moi pour un bilan individuel en cabinet ou pour la mise en place d’un audit et d’ateliers de prévention au sein de votre structure.
Note de prévention : Cet article a une vocation informative et éducative. Il ne remplace en rien une consultation médicale ni la prise de vos traitements en cours. Si vos troubles du sommeil persistent, parlez-en à votre médecin.


